Docs Voice Originals.FMPT

Jusqu’à quand ?

0

3 ans

1095 jours

100 étudiants

Juillet 2016 : Euphorie

C’est là où tout commença.

Le 28 juillet 2016, vers 1h du matin, des cris de joie fusèrent dans une centaine de maisons à travers le Nord du Maroc. Les résultats du tout premier concours de médecine de la faculté de Tanger étaient en ligne et le rêve d’enfance de ces jeunes bacheliers était enfin exaucé , ils allaient faire partie de la promotion d’or, celle qui donnera le coup d’envoi à une belle histoire, celle dont tout le monde se souviendra –  c’est ce que l’ont leur dira plus tard, pour les faire patienter – .

Septembre 2016 : Excitation

Les heureux élus firent leur entrée à l’amphithéâtre 1 de l’ENSA de Tanger, lieu sombre et mal agencé dans lequel se passeront leurs cours pour les 2 années à venir.

Malgré les conditions pour le moins désastreuses, ils arboraient tous cette expression faite d’un mélange d’enthousiasme et de naïveté qu’ont les jeunes à leur sortie du lycée , s’attendant à un avenir prometteur dans leur domaine d’aspiration.

Ils eurent droit à un discours du 1er doyen de la faculté de médecine de Tanger, qui leur promit que leur faculté serait prête pour le semestre prochain, qu’ils n’avaient bien sûr pas à s’en faire puisque ce n’était qu’une solution temporaire et que de meilleurs jours attendaient « la crème de la crème » du Nord.

Février 2017 : Appréhension

La première promesse fut brisée.

Les cours reprirent dans ce même amphi où ils avaient débuté le semestre précédent. Les étudiants n’eurent pas d’excuse valable, les travaux avaient pris du retard mais c’était bientôt la fin – leur répétait-t-on.

Le doute commença à s’installer insidieusement, mais il fut vite balayé par les prochaines promesses du doyen, quelques dates hasardeuses furent lancées, ce qui a suffit pour apaiser les craintes et angoisses de ces âmes candides.

Octobre 2017 : Doute

Deux promotions se partageaient cette fois l’amphi 1, l’une le matin et l’autre l’après-midi. 100 étudiants de plus allaient également partager la confusion et la frayeur qui habitaient la première promotion depuis déjà 1 an, et qui ne faisaient que s’accroître jour après jour.

Ils commencèrent à sentir l’injustice dans laquelle ils baignaient, ils étaient différents des autres c’était désormais certain, désavantagés même, manquaient de séances de TP à cause du manque de matériel, ou de salles … Un vent de révolte planait sur l’ensemble, des sit-in furent proposés, ce qui mena à la première visite à la faculté pour quelques groupes de 2ème année afin de les rassurer sur « l’avancement des travaux ».

Ces derniers avaient bel et bien avancés, la faculté prenait forme, les étudiants découvrirent donc de beaux amphithéâtres, ainsi que l’ébauche d’une vaste bibliothèque à baies vitrées.  « Elle sera vôtre le semestre prochain » leur-dit-on encore une fois, et ils en ressortirent le cœur empli d’un nouvel espoir.

Ce qu’ils ignoraient c’est que ce n’était bien sûr qu’une mise en scène pour apaiser les tensions.

Février 2018 : Désillusion

Contre tout attente, le semestre précédent n’était pas le dernier au sein de l’ENSA, malgré l’état de progression de la faculté. Et là débutèrent des rumeurs aussi sordides et absurdes les unes que les autres, personne ne savait qui détenait la vérité ultime, les étudiants sombraient petit à petit dans le chaos, et doutaient de tout un chacun.

Ce semestre fut l’un des plus marquants, le brouillard de naïveté se leva des yeux des étudiants, remplacé par une sourde rage qui les rongeaient tous.

Ils passèrent leur été à essayer de trouver une issue, une manière d’exprimer leur révolte, d’avoir un impact et d’atteindre les partis concernés, pour enfin changer les choses car ils savaient qu’ils ne pouvaient plus tenir compte des dates qu’on leur donnait et des promesses qui n’étaient jamais tenues . Des articles apparurent, relatant la misère et l’oppression dans laquelle ils vivaient, la vérité voyait finalement le jour.

Octobre 2018 : Rébellion

1er octobre 2018, une date qui restera gravée dans la mémoire des 350 étudiants qui faisaient désormais partie de la FMPT. Date du premier sit-in de cette jeune faculté, au sein de la cour de l’ENSA. Date où chacun de ces étudiants se découvrit un esprit de militant acharné et déterminé.

Ce semestre là, les 3èmes années se virent octroyés un nouvel amphithéâtre au sein de la FST cette fois-ci, puisqu’une nouvelle promotion faisait ses premiers pas. Loin de régler les problèmes de local, ceci ne fit qu’en engendrer de nouveaux, puisqu’ils en furent « sortis » maintes fois pour des problèmes de « synchronisation d’emploi du temps » , comme on leur disait.

Il ne faudrait omettre le premier stage d’externat dans des conditions on ne peut plus calamiteuses : hôpitaux à l’hygiène suspecte, où une odeur nauséabonde comblait les couloirs chaque matin, dénués de matériel, et où la misère était reine. Les professeurs faisaient de leur mieux pour rendre leur destinée un peu plus supportable, mais les étudiants sentaient de plus en plus l’injustice dans laquelle ils évoluaient.

Pour couronner le tout, la faculté sœur de la FMPT, celle qui avait débuté dans les mêmes malheureuses conditions, la FMPA, vit le jour cette année là, tandis que leurs confrères du Nord poursuivaient leur bataille infinie pour leurs droits.

Le mot d’ordre de ce semestre était « révolte », les voix des 350 étudiants commençaient à se faire entendre, à travers les nombreux sit-in et entrevues avec différents médias.

Je suis Habiba Zouali, étudiante en 3ème année à la FMPT, et si j’ai choisi de partager avec vous notre histoire à la 3ème personne, c’est pour rapporter les faits de la manière la plus objective possible.

J’aimerai conclure en vous disant que cette faculté représente plus qu’un empilement de briques et de ciment, c’est notre vie universitaire qui nous passe sous le nez, c’est toutes ces activités non réalisées par manque de local, toutes ces heures de cours qu’on nous a soustraites , toutes ces matinées passées dans un hôpital aux conditions inhumaines, c’est pour cet esprit d’appartenance qui nous anime, nous unit et pour ce sentiment de cœur serré qui ne veut plus nous lâcher.

En plus des problèmes nationaux que l’on partage avec nos confrères, notre douleur est beaucoup plus profonde, plus ancienne et est devenue à ce jour, insupportable.

Les jeunes, acteurs du développement.. Mohamed Tahri en est la preuve.

Previous article

Plus qu’une simple édition..

Next article

You may also like

Comments

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
14 + 16 =