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10 juin 2019..Jour de fête nationale

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Ou quand les facultés de médecine se sont transformées en camp de guerre

J-5 : On attendait avec une grande impatience le jour de L’Aid. Non seulement parce que jeûner dans une ville comme Marrakech est insupportable, mais aussi parce qu’on voulait passer, ne serait ce qu’un jour sans sit-in, sans marche, et surtout sans faire des sondages en ce qui concerne le boycott des examens. Bref, on voulait faire un BREAK pour recharger nos batteries avec de l’énergie positive. On voulait vivre le moment et uniquement le moment. On voulait savourer chaque instant passé avec ses biens –aimés. On voulait arrêter de penser à notre avenir, arrêter de nous frustrer et de nous tracasser. Or, la réalité était bien différente. Jamais, je n’aurais imaginé que le sujet du « ftour » allait porter sur le boycott. Jamais, je n’aurais imaginé que j’allais crier de toutes mes forces pour qu’on change de sujet. Jamais, je n’aurais imaginé que mes yeux se rempliront de larmes en pensant à ce futur noir qui nous ouvre grand les bras, en pensant à toutes les injustices qu’on essaie d’éradiquer et de faire face avec.

J-4 : On était collé à nos Smartphones parce qu’on voulait s’assurer que le boycott des examens sera bel et bien maintenu. On n’arrêtait pas d’envoyer des texto, de faire des appels, de créer des groupes, de négocier un lieu de rencontre, de faire des plans de secours…Bref, on dormait de moins en moins. On essayait de nous motiver, de garder notre toute petite dose d’énergie intacte… C’est énormément difficile de garder un sang froid et une concentration parfaite dans un pays décourageant. Dans un pays, où on tente à vous humilier, à vous mépriser, à vous dépriver de vos droits. Dans un pays, où même les médias, qui sont censés être neutres et illuminer les esprits ignorants, sont contre vous et diffusent des mensonges. Un pays, où on essaie de vous faire taire, de briser vos rêves, de vous écraser, de détruire vos ambitions, de vous mettre sans cesse des embûches dans votre voie et de vous créer d’innombrables obstacles. Un pays, qui au lieu de vous créer des opportunités pour vous épanouir, pour vous aider à réaliser vos rêves, il vous détruit…petit à petit.

J-1 : On est proie à un stress oppressant. On ne cesse de nous poser d’interminables questions, des questions qui nous torturent l’esprit. Et si on échoue ? Et si on arrête l’un des membres de CNEM pour je ne sais quelle raison fictive ? Et si l’un de tes chers amis se révèle un traitre ? Et si, en tant que responsable de ton groupe, tu n’arrives pas à assumer ta responsabilité ? Et si… Et si… On essayait de faire taire notre esprit. STOP ! SHUT ! ARRETE ! On voulait être à l’abri de ces pensées négatives, décourageantes. On ne supportait plus cette lente souffrance… Mais, on ne devait pas nous laisser aller à la déprime et à la démotivation. Sinon, on est fini. Courage, encore un pas…encore un obstacle à surmonter.

Le jour J : On a fait une nuit blanche. Non seulement parce qu’on s’assurait pour la enième fois du maintien du boycott, mais aussi parce qu’on ne cessait de penser aux événements qui se dérouleront dans peu d’heures. Réussira-t-on ? A 8h du matin, on était déjà en train de faire des appels avec les étudiants de la première année. On comptait énormément sur eux. Ils étaient les premiers à « passer » l’examen et donc les premiers à le boycotter. A 9h, on reçoit les bonnes nouvelles : Boycott à 100%. A 9h30, je passe devant la faculté en route vers notre lieu de rencontre. Si je fus ébahie par le nombre incroyable des parents qui sont venus protester contre l’intimidation, contre la répression et contre les décisions « folles », illogiques, et dénuées de tout bon sens. Je ne fus pas surprise par le nombre de voitures d’intervention rapide, de sureté nationale et des forces auxiliaires. Je m’attendais à ce qu’ils militarisent les facultés, à ce qu’ils les rendent comme de vraies prisons. J’aimerais vous rappeler qu’il s’agit d’une faculté de médecine- une faculté ,qui, chaque année, est honorée par la graduation d’une nouvelle promotion de médecins, des médecins qui font le serment, qui jurent devant DIEU, leurs familles et leurs professeurs d’être fidèle, de rétablir, et de préserver la santé des citoyens, d’apporter de l’aide à leurs confrères, de ne jamais tromper la confiance des patients et de ne jamais les exploiter-. Une faculté qui permet l’accès aux meilleurs et uniquement les meilleurs. Mais aujourd’hui, on a du changer le nom de cette faculté. OUI, elle est désormais appelée « camp de guerre »

Mettez-vous dans notre peau ! Ne seriez -vous pas dégouté ? Ne détesteriez – vous pas votre pays ? Ne pensez -vous pas à le quitter une fois pour toute ? N’allez pas vous poser les questions suivantes « quel est notre pêché » ? « Sommes-nous devenus des meurtriers, à notre insu »? « Pourquoi au lieu d’assiéger les facultés et de se préparer pour attaquer les étudiants, ces forces d’intervention recherchent les vrais criminels, et sécurisent la ville » ? Ne seriez pas de plus en plus déprimé et démotivé ? La réponse est claire. Mais j’aimerais quand même vous dire que plus ils nous repoussent et plus on tient à nos revendications. Plus ils essaient de détruire cette patrie, et d’y semer des conflits, et plus on est déterminé à l’améliorer. Plus et plus et plus, on s’accroche à nos droits, à nos rêves et à nos ambitions. Vous cherchez une preuve tangible ? Boycott national des examens à 100%. Pas un seul Marocain civil n’a mis le pied dans la salle d’examen. Des milliers de copies ont été imprimées … en vain.

Honte à vous. OUI vous, chers ministres, chers doyens. Vous faites sortir des communiqués la veille de l’examen nous suppliant de passer ces maudites épreuves, tout en nous donnant de faux espoirs. Tout ce qui vous importe, c’est d’annoncer aux médias, en s’imprégnant de votre hautain et prétentieux air, les paroles suivantes : On a réglé le problème et les étudiants en médecine passent leurs examens. Notre formation ne vous intéresse guère. REVEILLEZ VOUS !!!!! On fait un boycott depuis presque 3 mois. De quel examen vous parlez ? Allez vous, par hasard, nous poser le genre de question suivant : La CNEM et les deux ministères de la santé et de l’éducation supérieur se sont réunis ( en vain) à plusieurs reprises. Citez les dates correspondantes. Est-ce que le nombre de vos neurones est intact ? Ne souffrez vous pas d’un AVC, qui a forcement dû détruire une bonne partie de votre territoire cérébrale ? Êtes-vous seulement conscients de ce que vous annoncez ? Savez vous que vous parlez d’un étudiant en médecine, un futur médecin dont la mission est de sauver des vies et donc qui doit avoir un bagage de connaissances à la fois théoriques et pratiques ? Honte à vous. Des têtes comme nous, ne méritent pas d’avoir des responsables aussi incompétents et aussi médiocres comme vous. Si nous sommes la fierté de ce pays. Vous êtes incontestablement la source de son échec. Vous serez sans le moindre doute destinés à la poubelle de l’histoire.

Chers braves professeurs de la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca. Vous avez prouvé qu’il y a encore des personnes capables de dire NON dans ce pays. Vous avez boycotté les examens. Vous avez donné une leçon, que jamais les deux ministres, n’assimileront. Vous représentez une source inépuisable de soutien pour les étudiants. Bref, vous êtes tout simplement une fierté. Quant aux autres professeurs, vous nous avez malheureusement déçus. Vous nous avez abandonnés devant votre toute première épreuve. Aux amphithéâtres, vous ne cessiez de nous encourager, de nous envoyer de forts messages. Mais le 10 juin a montré que ce que vous disiez n’émanait pas vraiment de vous-mêmes. Car, si c’était le cas, vous auriez pu adopter la même décision que vos cos collègues casablancais, vous auriez pu vous opposer…Sachez qu’on ne vous verrait plus de la même façon. Avant, vous représentiez notre idole , on vous aimait tant et on vous respectait. Mais, dommage, ce n’est plus le cas maintenant…

Chers médecins internes et résidents, merci parce que vous avez boycotté la surveillance des examens. Merci parce que vous avez partagé vos expériences avec nous. Merci parce que vous étiez à nos côtés depuis le tout premier jour de ce mouvement. Merci pour tout.

Je tiens à remercier les membres des comités de surveillance qui se sont déguisés, qui se sont faufilés au sein des parents. Merci à nos snippers, qui étaient dispersés sur les toits des immeubles pour guetter, surveiller et nous rapporter les vrais faits.

Merci à tout étudiant ayant boycotté les examens, non par peur, mais par une parfaite connaissance de cause.

Je tiens à adresser un petit message à maman. Merci parce que tu n’as absolument pas cédé aux tentatives d’intimidation des policiers, qui ont essayé de t’enlever ton téléphone pensant que tu étais en train de les filmer. Merci parce que tu leur as adressé un message que jamais ils n’oublieront. Tu es ma fierté et ma détermination. Merci ma lionne.

Bref, le 10 juin est désormais une date de fête nationale. Chaque année, on célébrera notre victoire. Chaque année, on célébrera le jour où nous avons fait écouter notre voix d’une manière purement démocrate. Chaque année, on célébrera le jour où nous n’avons pas renoncé, quand tout le monde prévoyait notre chute. Le jour où nous avons clairement dit NON A LA PRIVATISATION.

30 mai 2019…

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